Persuadé qu'il fait un sacrifice, et se sent frustré, ce qui est une forme de stress. Or, dans ce type de situation, son petit monstre lui disait : " Prends une cigarette ". Alors, depuis qu'il a arrêté, il veut une cigarette, mais il sait qu'il ne peut plus en avoir. Ce dilemme le déprime et envenime la situation.
La difficulté est encore aggravée parce que l'on attend quelque chose qui n'arrive pas. Si vous voulez passer le permis de conduire, une fois l'examen passé avec succès, vous avez atteint votre but. Le principe de la méthode fondée sur la volonté est de dire : " Si je peux tenir assez longtemps sans cigarettes, l'envie finira par disparaître. " Comment savez-vous que c'est terminé ? La réponse est que cela ne le sera jamais, parce qu'il n'y a rien à attendre. Vous avez arrêté au moment même où vous avez fumé cette dernière cigarette et vous attendez maintenant de voir combien de temps vous allez encore tenir.
Comme je l'ai précisé ci-dessus, le fumeur subit une agonie psychologique, due au doute qui habite son esprit.
Bien qu'il n'y ait aucune douleur physique, l'effet n'en reste pas moins très puissant. Le fumeur est malheureux et il se sent vulnérable. Au lieu d'oublier la cigarette, il en devient complètement obsédé.
Il peut y avoir des jours et même des semaines de dépression totale. Son esprit est envahi de doutes et de craintes :
" Combien de temps vais-je rester à souffrir ?"
" Serai-je un jour heureux à nouveau ? "
" Arriverai-je à me motiver pour sortir du lit le matin ? " " Esf-ce que je pourrai encore apprécier un bon repas ? " " Comment arriverai-je à faire face à une situation stressante ? " " Aurai-je la force de sortir, d'aller prendre un verre dans un café ? "
On pourrait citer des dizaines d'autres questions.
Le fumeur
attend que les choses s'améliorent et, bien sûr, plus il s'apitoie sur lui-même, plus la cigarette devient pour lui un bien extrêmement précieux.
En fait, quelque chose se passe, mais le fumeur n'en est pas conscient : s'il peut survivre trois semaines sans nicotine, l'appétit physique pour ce poison disparaît. Comme je l'ai déjà dit, la sensation de manque de nicotine est si légère que le fumeur ne s'en rend pas compte.
Certains ex-fumeurs croient, après quelques semaines passées sans fumer, qu'ils sont enfin libérés. Ils allument alors une cigarette pour se prouver qu'ils ont raison. Ils la trouvent mauvaise, ce qui les conforte dans leur idée. Ils oublient cependant qu'ils ont de nouveau introduit de la nicotine dans leur organisme, Cette nicotine commence déjà à faire effet et, bientôt, le fumeur entend cette petite voix au fond de lui qui lui dit : " Tu en veux une autre. " II s'était vraiment débar-
rassé de l'habitude, mais il a replongé aussitôt.
Il ne va pas allumer une autre cigarette immédiatement. Il se dit : " Je ne veux surtout pas recommencer. " II attend alors qu'un assez long délai soit passé, des heures, des jours, voire des semaines. Il peut enfin se dire qu'il ne s'est pas fait avoir, et qu'il peut sans risque s'en permettre une autre. Il est retombé dans le piège et se trouve déjà sur la mauvaise pente. Ceux qui réussissent avec cette méthode ont tendance à trouver le chemin long et difficile, parce que le principal problème est le lavage de cerveau. Bien longtemps après, alors que le fumeur ne ressent plus aucun manque physique, il meurt encore d'envie de fumer. Enfin, s'il arrive à tenir assez longtemps, il finit par se rendre compte qu'il ne retombera plus. Il cesse alors de se morfondre, accepte que la vie continue, et voit qu'elle est aussi agréable sans tabac.
De nombreux fumeurs réussissent avec cette méthode, mais la voie est très difficile et il y a plus d'échecs que de réussites. Même ceux qui ont réussi restent toute leur vie vulnérables, car ils gardent des séquelles du conditionnement ; ils sont persuadés que la cigarette a le pouvoir, dans les bons comme dans les mauvais moments, d'améliorer les choses (certains non-fumeurs souscrivent même à cette idée : ils sont aussi soumis au lavage de cerveau, mais ils ont également conscience des aspects négatifs, c'est pourquoi ils ne souhaitent pas " apprendre " à fumer).
Cela explique que certains, qui ont arrêté pendant longtemps, se remettent à fumer. Beaucoup d'ex-fumeurs s'autorisent un cigare ou une cigarette occasionnelle, comme une " petite gâterie ", ou pour se convaincre qu'ils trouvent cela détestable. C'est bien ce qui se passe, mais la nicotine qui pénètre dans l'organisme déclenche à nouveau le
cercle vicieux. Le petit monstre dit : " Tu en veux une autre. " La cigarette suivante n'est pas meilleure, ils sont alors convaincus qu'ils peuvent fumer sans risque. Une fois retombés dans le piège, ils essaient de se persuader : " J'arrêterai juste après les vacances / Noël I cet événement. "
Trop tard, ils sont déjà redevenus accros. Le même vieux piège s'est encore refermé sur eux.
J'insiste là-dessus : la notion de plaisir n'a absolument rien à voir avec celle de dépendance. Elle n'a jamais rien eu à voir ! Si l'on se mettait à fumer parce que l'on trouve cela agréable, personne n'aurait jamais fumé plus d'une cigarette. Nous pensons apprécier les cigarettes uniquement parce que nous n'arrivons pas à nous croire assez stupides pour fumer sans aimer le goût qu'elles ont. C'est pourquoi le fait de fumer est tellement subconscient. Si, en fumant une cigarette, nous étions pleinement conscients des fumées qui s'in-
sinuent dans les poumons, même l'illusion du plaisir ne tiendrait pas. On ne peut, en prenant conscience de ce que nous fait la cigarette, que se sentir stupide. On fume, parce qu'on n'a pas ces considérations-là à l'esprit. Ainsi, observez des fumeurs en société ; vous verrez que, une cigarette à la main, ils n'ont l'air heureux que lorsqu'ils ont oublié cette cigarette. Les moments où ils s'en rendent compte, ils prennent une attitude gênée et ont tendance à s'excuser.
Nous fumons pour satisfaire ce petit monstre. Lorsque vous aurez chassé ce petit monstre de votre estomac, et le grand de votre tête, vous n'aurez ni besoin ni désir de fumer.
ralentir sa consommation ne sert à rien
De nombreux fumeurs prennent la décision de réduire leur consommation, en vue d'un arrêt définitif ou pour essayer de contrôler leur toxicomanie. Certains médecins recommandent même de réduire avant d'arrêter.
11 est évident que moins vous I fumerez, mieux ce sera pour vous. Cependant, en tant qu'étape pour arrêter, réduire peut vous être fatal. Ce sont nos tentatives pour nous limiter qui nous maintiennent accros toute notre vie.
En général, cette démarche fait suite à l'échec d'une tentative d'arrêter. Après quelques heures ou quelques jours d'abstinence, le fumeur, à bout de nerfs, en
vient à penser qu'il ne peut pas vivre sans cigarette. Il décide alors de se remettre à fumer, mais en se limitant à quelques cigarettes bien choisies. Il pense que, s'il parvient à descendre à dix par jour, il pourra alors soit se maintenir, soit se limiter encore davantage.
Il se met lui-même dans une position insupportable. 1.Il vit la pire des existences.
Il
reste dépendant de la nicotine et maintient le monstre vivant à la fois dans son estomac et dans son esprit.
2.Il passe sa vie à attendre la prochaine cigarette.
3.Avant de diminuer, dès qu'il avait envie d'une cigarette, il en allumait une, soulageant ainsi au moins partiellement son besoin. Maintenant, en plus du stress habituel, il s'inflige celui d'avoir à supporter presque continuellement les angoisses dues au manque de nicotine. Il se condamne à être continuellement malheureux et de mauvaise humeur.
4.Il avait l'habitude de fumer la majorité de ses cigarettes machinalement, sans y penser ni y prendre plaisir. Les seules cigarettes qu'il croyait apprécier étaient celles suivant une période d'abstinence (la première de la journée, etc. ).
Maintenant qu'il attend plus d'une heure avant chacune d'entre elles, il les " apprécie " toutes.
Cependant, le plaisir qu'il prend à
la fumer n'est pas dû à la cigarette elle-même, mais à la fin de la période d'agitation causée par le manque physique (nicotine) ou psychologique (cigarette). Plus la période d'abstinence est longue, plus il " apprécie " la cigarette qui y met fin.
La principale difficulté, lorsqu'on arrête de fumer, ne concerne pas la dépendance physique. De ce côté, il n'y a pas vraiment de problème. En effet, les fumeurs passent la nuit sans fumer, l'envie d'une cigarette ne les réveille même pas. Beaucoup attendent en fait d'avoir quitté la chambre, le matin, pour allumer leur première cigarette. Beaucoup attendent d'avoir déjeuné ou même ne fument pas avant d'arriver sur leur lieu de travail.
Ainsi, ils passent facilement dix heures sans une cigarette et cela ne les dérange pas. Qu'ils essaient de passer dix heures sans fumer pendant la journée et ils s'arracheront les cheveux.
Ils sont capables, lorsqu'ils ont une nouvelle voiture, de s'abstenir de fumer à l'intérieur sans la moindre difficulté. Ils s'abstiennent aussi dans les supermarchés, au théâtre, chez le médecin ou à l'hôpital sans la moindre gêne.
Beaucoup ne fument pas en présence de non-fumeurs. Même dans les transports en commun, les gens respectent l'interdiction. Les fumeurs sont presque ravis lorsqu'on les empêche de fumer, et prennent en fait un certain plaisir à passer un long moment sans cigarette. Cela leur donne l'espoir qu'enfin, un jour, ils s'arrêteront définit!-, vement.
Le vrai problème concerne le lavage de cerveau, l'illusion que la cigarette est une sorte de soutien ou de récompense et que la vie ne sera jamais la même sans elle. Bien loin de vous détourner de la cigarette, le fait de limiter votre consommation vous rend plus malheureux encore et vous
convainc que la cigarette est une chose essentielle sans laquelle on ne peut être heureux.
Il n'y a rien de plus pathétique qu'un fumeur qui essaie de diminuer sa consommation. Il a l'illusion que, moins il va fumer, moins il aura envie de fumer. En fait, c'est l'inverse. Moins il fume, plus il souffre du manque de nicotine et plus il apprécie les rares cigarettes qu'il s'accorde. Mais cela ne le fera pas arrêter. Ce qui est paradoxal, c'est que, plus les cigarettes deviennent rares, plus elles ont mauvais goût.
En effet, celles qui nous paraissent les plus fortes, celles qui nous font tousser le plus sont celles que l'on a attendues le plus longtemps (la première de la journée, par exemple). Ce sont elles qui brûlent le plus la gorge. Et en même temps, ce sont celles que l'on apprécie le plus parce qu'on les a attendues longtemps. Pensez-vous que vous adorez cette première cigarette à cause de son odeur et de son goût ? Non, soyez rationnels ;
vous l'appréciez parce qu'elle met fin à dix heures d'abstinence.
Diminuer, cela ne marche pas et c'est même la pire forme de torture. Cela ne marche pas parce que le fumeur croit, à tort, que, s'il fume moins, il aura moins envie de fumer. Non, fumer n'est pas une habitude dont on se sépare progressivement, mais bien la dépendance à l'égard d'une drogue : cette dépendance amène le fumeur à en vouloir toujours plus, et non l'inverse. S'il veut réduire sa consommation, le fumeur doit faire preuve de volonté et de discipline tout le reste de sa vie.
On l'a vu, le problème principal, lorsqu'on veut arrêter, n'est pas la dépendance physique à la nicotine. Le vrai problème est la fausse croyance que la cigarette vous donne du plaisir.
Cette fausse croyance est d'abord développée par le lavage de cerveau que nous subissons avant même de commencer à fumer, puis elle est renforcée par
notre propre expérience de la cigarette.
En réduisant nettement sa consommation, le fumeur renforce cette illusion au point que la cigarette en vient à dominer complètement sa vie : il finit alors par se convaincre qu'il s'agit bien de la chose la plus précieuse sur terre.
Diminuer ne marche jamais, car cela implique de la volonté et de la discipline pour tout le reste de votre vie. Si vous n'avez pas eu assez de volonté pour arrêter, vous n'en aurez certainement pas assez pour réduire. Arrêter est bien plus facile et moins douloureux.
J'ai eu vent de milliers de tentatives qui se sont soldées par un échec. La poignée de succès dont j'ai eu connaissance concernent des périodes de réduction relativement courtes, suivies de l'arrêt total de la cigarette. Ces fumeurs-là ne doivent pas leur réussite à ce proces-
sus de réduction. La réduction, au contraire, a été un obstacle supplémentaire qui n'a fait que prolonger leur période de souffrance. L'échec d'une telle tentative laisse le fumeur en état de dépression, encore plus convaincu qu'il est accro à vie. Cela suffit, en général, pour le faire fumer cinq années de plus avant la tentative suivante.
En tout état de cause, ce type de comportement permet d'illustrer toute la futilité du tabagisme, car il montre clairement qu'une cigarette est encore plus appréciable après une longue période d'abstinence. Votre choix, alors, est le suivant :
1.Réduire votre consommation à vie. Cela veut dire vous imposer une existence de torture ; de toute façon, vous n'y parviendrez pas.
2.Continuer à fumer et vous étouffer de plus en plus, pour la vie également. Quel intérêt ?
3.Soyez indulgent avec vous-même. Arrêtez.
Ces considérations me poussent à insister sur un autre point important : la cigarette occasionnelle, cela n'existe pas. Fumer est une réaction en chaîne qui durera le reste de votre vie, sauf si vous faites un effort positif pour y remédier.
N'oubliez pas : en essayant de réduire votre consommation de cigarettes, vous vous enfoncerez encore plus dans la dépendance.
juste une petite cigarette.
Cette idée de " juste une petite cigarette " est un mythe que vous devez chasser de votre esprit. Une seule cigarette a suffi pour que vous commenciez à fumer. Une seule cigarette, celle qui vous a aidé à affronter une rude épreuve ou celle que vous avez allumée pour célébrer une grande occasion, a suffi pour ruiner votre tentative d'arrêter de fumer.
Cette petite cigarette suffit, lorsqu'un fumeur a réussi à mettre fin à sa dépendance, à le faire retomber dans le piège. Quelquefois, il la fume seulement pour se persuader que cela ne lui fait plus rien : le goût horrible qu'elle a le convainc évidemment qu'il en est débarrassé et qu'il ne tombera plus jamais sous son emprise. Malheureusement, elle suffit au contraire à le faire replonger. Mettez-vous bien dans la tête
qu'il est impossible de ne fumer qu'une cigarette. Le tabagisme, c'est une réaction en chaîne qui durera toute votre vie, à moins que vous n'y mettiez un terme. C'est la pensée même d'une cigarette particulière, comme celle que vous fumez après le repas ou pour commencer la journée, qui vous empêche d'arrêter. C'est bien ce mythe qui est responsable du dilemme permanent auquel vous êtes confronté
lorsque vous décidez d'arrêter de fumer. Prenez la résolution de ne plus envisager une cigarette ou un paquet comme un extra que l'on peut s'autoriser. Ne dissociez pas l'idée d'une cigarette de celle d'une vie entière d'esclavage et d'autodestruction.
Vous regrettez qu'il n'existe rien qui puisse, comme le fait la cigarette, servir de remontant lors des moments difficiles et de célébration lors des moments heureux ? Comprenez bien que ce n'est pas ce que fait la cigarette. Vous n'avez qu'une alternative : aucune cigarette, ou une vie entière avec le tabac, avec tous les inconvénients qu'il entraîne (et aucun avantage, soyez-en certain). Vous ne rêvez pas d'avaler du cyanure, même si vous aimez le goût des amandes. Arrêtez de vous punir vous-même avec cette idée de la petite cigarette providentielle.
À l'inévitable question : "Si vous pouviez retourner au moment où vous êtes tombé dans le piège,
recommenceriez-vous à fumer ?", vous répondez non, sans aucune hésitation. Pourtant, tout fumeur est confronté à ce choix chaque jour de sa vie. Pourquoi n'arrête-t-il pas ? Parce qu'il a peur, peur de ne pouvoir arrêter, ou peur que la vie ne soit pas aussi agréable sans cigarette.
Cessez de vous mentir. Vous pouvez arrêter. N'importe qui le peut, parce que c'est ridiculement facile. Pour cela, il est nécessaire de bien comprendre trois points fondamentaux dont nous avons déjà parlé :
1.On ne se prive de rien. Arrêter ne présente que de merveilleux avantages.
2.La petite cigarette, si spéciale soit-elle, n'existe pas. Elle vous condamne à une vie d'aliénation et de maladie.
3.Ne vous croyez pas différent des autres, sous prétexte que vous fumez depuis très longtemps, ou que votre rapport avec la cigarette est particulier. N'importe quel fumeur peut arrêter.
les non-fumeurs,
les fumeurs occasionnels,
les adolescents.
Les " grands " fumeurs ont tendance à envier les fumeurs occf sionnels. Ils ont tort. Certes, le fumeur occasionnel prend moiri de risques pour sa santé et dépense moins d'argent. Mais c^_ avantages sont, de loin, compensés par les inconvénient"
On peut, en fait, considérer que ce fumeur est plus accro et bien plus malheureux que le "grand" fumeur. Rappelez-vous qu'aucun fumeur n'apprécie réellement la cigarette. L'unique plaisir, à l'origine, est le soulagement des symptômes de manque de nicotine. La tendance naturelle de la drogue est de soulager le manque que son absence a provoqué. Ainsi, la tendance naturelle est de fumer à la chaîne Cependant, trois principaux élé-
ments dissuadent le fumeur de fumer sans retenue.
• L'argent. Cela reviendrait trop cher.
• La santé. Afin de satisfaire le manque, il nous faut ingérer un poison. La capacité de supporter ce poison dépend de l'individu et même de l'instant de sa vie. Ce facteur agit de façon automatique.
• La discipline. Elle est imposée par notre société, notre travail,
notre entourage, ou par le fumeur lui-même - et résulte du conflit permanent qui se joue dans son esprit. Il est maintenant nécessaire de donner quelques définitions.
Le non-fumeur n'est jamais tombé dans le piège, mais il ne devrait pas, pour autant, prendre une attitude suffisante. S'il est un non-fumeur, c'est uniquement par la grâce de Dieu (ou par un heureux concours de circonstances). Tous les fumeurs ont un jour été des non-fumeurs convaincus de ne jamais devenir accros. Certains non-fumeurs persistent à essayer de fumer une cigarette de temps à autre, en se croyant hors d'atteinte.
Le fumeur occasionnel : il en
existe deux catégories : 1. Le fumeur qui est tombé dans le piège, mais qui ne s'en est pas encore rendu compte. Ne l'enviez pas. Il est à peine sur le premier barreau de l'échelle, mais il deviendra sans doute bientôt un vrai fumeur. Souvenez-vous que
c'est ainsi que vous avez commencé. Personne ne devient un grand fumeur d'un seul coup. 2. L'ancien (grand) fumeur, qui maintient une petite consommation parce qu'il pense ne pas pouvoir arrêter. Cette catégorie-là est la plus triste de toutes. On peut distinguer plusieurs nuances.
Celui qui fume cinq cigarettes par jour. S'il apprécie tellement ses cigarettes, pourquoi n'en fume-t-il pas davantage ? S'il peut s'en passer, pourquoi fume-t-il encore? Rappelez-vous : cette habitude consiste à vous cogner la tête contre le mur uniquement pour le plaisir que vous ressentez lorsque cela s'arrête. Celui qui, quotidiennement, fume cinq cigarettes ne soulage son état de manque qu'environ une heure par jour. Le reste du temps, même s'il ne s'en rend pas compte, il lutte contre ce manque, comme s'il commençait à se cogner la tête contre le mur. S'il n'en fume que cinq, ce n'est pas parce que c'est la dose qui satisfait pleinement son besoin,
mais parce qu'il pense qu'il s'agit d'un bon compromis entre son plaisir et le risque pour sa santé, à moins que cela ne soit pour des raisons financières. Il est facile de convaincre un grand fumeur qu'il n'apprécie pas vraiment les cigarettes qu'il fume. Essayez, en revanche, de convaincre un fumeur occasionnel. Tout fumeur qui a tenté de réduire sa consommation sait que c'est la pire torture qui soit, et il conviendra que c'est le meilleur moyen de rester accro toute sa vie.
Celui que ne fume que le matin (ou le soir). Il s'inflige de supporter le manque durant la moitié de la journée afin de pouvoir se soulager le reste du temps. Demandez-lui pourquoi, s'il aime fumer, il se prive de ce plaisir la moitié du temps. Ici encore, cette privation est imposée par une raison étrangère au plaisir.
Celui que ne fume que six mois par an. (" Je peux arrêter dès que je le veux, je l'ai déjà fait
des dizaines de fois. ") Comme précédemment, ce n'est pas pour une raison liée au plaisir qu'il arrête de fumer pendant six mois, mais pour diminuer les risques de maladies. S'il aime fumer, pourquoi se prive-t-il de ce plaisir pendant six mois, et inversement ? La réponse est qu'il est toujours accro. Même si, lorsqu'il a arrêté plusieurs semaines durant, la dépendance physique a bel et bien disparu, le vrai problème reste entier : le lavage de cerveau. Il espère chaque fois qu'après ces quelques mois d'abstention il n'aura plus envie de recommencer, mais il retombe invariablement. Beaucoup envient ce genre de fumeur qui peut, apparemment, maîtriser son tabagisme. Ils se trompent car ces fumeurs sont bien loin de maîtriser quoi que ce soit. Lorsqu'ils fument, ils regrettent de fumer, et lorsqu'ils cessent de le faire, ils n'ont qu'une hâte : remettre ça au plus vite. Quelle vie ! Quoi qu'ils fassent, ils ont envie de faire le contraire. C'est, en fait, le lot de tous les fumeurs, le terrible dilem-
me qu'ils doivent endurer : lorsqu'on fume, la cigarette apparaît anodine, ou même provoque un sentiment de dégoût. Qu'on en soit privé et, en revanche, elle devient l'objet de toutes les convoitises. Le fumeur ne sort jamais gagnant de ce dilemme parce qu'il est la victime d'un mythe, d'une illusion. Le seul moyen de gagner est d'arrêter à la fois de fumer et de se morfondre à propos de la cigarette.
Celui qui ne fume que lors de certaines occasions. C'est comme ça que nous commençons tous, mais pour quelle raison ces occasions tendent-elles à devenir de plus e/i plus fréquentes ? Avant de s'en rendre compte, on ne fait plus partie de cette catégorie.
Celui qui, après avoir arrêté, s'autorise exceptionnellement une cigarette. Il est triste de voir que ces fumeurs passent leur vie à souffrir pour limiter leur consommation ou finissent par retomber progressivement. C'est d'ailleurs
le cas de ceux qui, après avoir arrêté, veulent se donner l'illusion qu'ils ne sont pas en train de replonger. La pente sur laquelle ils glissent ne les amène que vers le bas. Tôt ou tard, ils fument régulièrement et reviennent à leur point de départ, avec le handicap supplémentaire d'une nouvelle défaite contre la cigarette.
On peut citer deux autres catégories de fumeurs occasionnels. La première catégorie concerne les personnes qui fument une cigarette ou un cigare lors de circonstances rarissimes. Ce sont, en fait, des non-fumeurs, qui fument cette rare cigarette non par besoin ou pour le plaisir, mais parce qu'ils ont l'impression de manquer quelque chose. Ils veulent faire partie du groupe. C'est comme ça que nous commençons tous. Lors de la prochaine occasion de ce genre, observez combien les fumeurs délaissent vite leur cigare. Même les grands fumeurs, habitués à la cigarette, n'ont qu'une envie : se débarrasser de ce cigare infect qui leur a
encombré les mains pendant toute la soirée. Ils préféreraient fumer leur propre marque ; plus ces cigares sont chers et longs, plus la frustration est grande.
La seconde catégorie est, en fait, très rare. Sur les plusieurs milliers de personnes qui ont assisté à mes sessions, seulement une douzaine de personnes peuvent s'en réclamer.
Plutôt que d'essayer de la décrire de façon générale, je citerai le cas d'une cliente venue récemment me consulter. Elle voulait une consultation privée. Avocate, elle fumait depuis près de douze ans, jamais ni plus ni moins de deux cigarettes par jour. Cette caractéristique confirmait qu'elle avait une volonté de fer. Je lui expliquai que le taux de succès des sessions de groupe était bien supérieur à celui des sessions individuelles et que, par conséquent, je réservais celles-ci aux personnes si célèbres que leur présence eût perturbé le déroulement de la thérapie du groupe. Elle fondit en larmes et
je décidai alors d'accepter sa requête. Le prix de la consultation individuelle est très élevé. En fait, beaucoup de fumeurs seraient prêts à payer ce prix-là, non pour arrêter, mais pour trouver le moyen de ne fumer que deux cigarettes par jour. Ils croient, à tort, que les fumeurs occasionnels sont plus heureux qu'eux et qu'ils sont maîtres de leur situation. Certes, ils contrôlent leur rythme (ou plutôt ils le limitent au minimum supportable pour eux), mais ils sont très loin d'être heureux de cet état de fait. Cette femme avait perdu père et mère à cause de la cigarette avant même qu'elle ne se mette à fumer. Elle avait, comme moi, une peur immodérée de la cigarette avant de fumer la première. Et, comme moi, elle a fini par céder aux pressions énormes et par fumer sa première cigarette. Elle se rappelle la mauvaise impression qu'elle a ressentie à ce moment-là. Cependant, elle n'a pas succombé comme moi, qui suis devenu très rapidement un fumeur à la chaîne.